ArticleBamBurkina FasoEauEnvironnementFormation professionnelleSantéSécurité alimentaire

Le projet PASP en détail

Projet intégré d’amélioration et de diversification des productions agro‐sylvo‐pastorales dans 15 villages de la commune de Kongoussi, Burkina Faso

Rappel des objectifs du projet

Réalisé entre 04/2016 et 11/2019, le projet intégré d’amélioration et de diversification des productions agro-sylvo-pastorales dans 15 villages de la commune de Kongoussi avait pour objectif de contribuer à améliorer et rendre durable la sécurité alimentaire dans la province du Bam au Burkina Faso. Cet objectif a été réalisé grâce à l’amélioration de la rétention et la valorisation des eaux de surface. Cela a permis de développer des activités d’élevage et de maraîchage accompagnées par le renforcement des capacités des agriculteurs. De plus, les objectifs spécifiques de développement consistaient en l’amélioration des revenus de la population à court terme, de l’amélioration de leur résilience face à l’insécurité alimentaire et enfin de l’amélioration de leurs conditions de vie à long terme dans un contexte socio-économique (orpaillage/exode rural), environnemental (changement climatique/désertification) et sécuritaire (zone rouge) en pleine mutation.


Implantation du panneau signalétique du projet en 2017

Les innovations en relation avec le développement de l’agriculture au niveau local sont les suivantes :

L’introduction du maraîchage écologique et du zaï mécanisé grâce à l’utilisation de la kassine : La mise à disposition d’équipement technique, une meilleure connaissance de techniques innovantes et adaptées au contexte local, une meilleure organisation des producteurs, l’accès aux crédits, la mise à disposition de produits agricoles de qualité et en quantité suffisante sont tous des facteurs qui favorisent durablement la sécurité alimentaire. Cette approche permet de répondre à des situations imprévues et en conséquence de réduire la vulnérabilité des populations bénéficiaires. Au-delà des productions pour leur propre consommation, une partie est destinée à la vente aux marchés locaux et génère ainsi des revenus supplémentaires pour les familles.
• La commercialisation des produits agricoles basés sur la conservation et la transformation : Le renforcement des capacités des producteurs a permis d’améliorer leur savoir-faire pour la conservation, le stockage et la transformation des produits agricoles. Leur organisation en 6 coopératives leur a permis de mieux se structurer pour gérer les plantations, la réalisation de compost, les récoltes, le stockage et la vente des produits. De plus, les différents appuis leur permettent d’accéder plus facilement aux marchés locaux et de vendre des produits agricoles écologiques d’une bonne qualité à un prix raisonnable aux populations locales.

Les bénéficiaires directs du projet sont environ 1.600 ménages, soit plus de 10.000 personnes. Il s’agit spécifiquement des agropasteurs, des agriculteurs (surtout des maraîchers, majoritairement des femmes) et des éleveurs de la commune.
Les bénéficiaires indirects du projet se composent d’environ 1.250 ménages soit environ 9.000 personnes dans les neuf villages de la zone de couverture secondaire. Ils bénéficient des infrastructures d’eau (micro-barrage et boulis) pour l’abreuvement des animaux qui ont été réalisées par le projet ainsi que de certaines formations permettant d’améliorer les techniques agricoles.


Projet intégré d’amélioration et de diversification des productions agro-sylvo-pastorales dans 15 villages de la province du Bam (PASP):

Cofinancé par le Ministère des Affaires Étrangères et Européennes du Luxembourg (MAEE) (75%) et le consortium mené par l’ONG le Soleil dans la Main (15%) et composé de SOS SAHEL International Luxembourg (SOSSILUX) (5%) et Lëtzebuerger Landjugend a Jongbaueren – Service Coopération a.s.b.l. (LLJ) (5%).

Réalisé par SOS Sahel International Burkina Faso (SOSSIBF), l’Association de Recherche et de Formation Agro-écologique (ARFA), Antoine Tarpilga, Prommata France et la représentation nationale de l’ONG le Soleil dans la Main au Burkina Faso. 


Images satellitaires du barrage et du site maraicher de Sam

Vue d’ensemble (drone) montrant le micro-barrage au fond et le périmètre maraîcher (devant) construits à Sam

 

Résumé des actions menées et des résultats obtenus

Ce projet ambitieux qui avait démarré en mai 2016 s’est poursuivi jusqu’en novembre 2019 après une phase de prolongation. Cette dernière a permis de consolider surtout les activités autour du maraîchage écologique avec l’aide de l’Association pour la Recherche et la Formation en Agroécologie (ARFA) et de rendre autonome les 6 coopératives, gérées essentiellement par des femmes. Actuellement la troisième saison de maraîchage est en cours dans une zone où les populations ne connaissaient pas cette pratique auparavant.

Abreuvement du bétail

L’impact du projet est indéniable selon les bénéficiaires, à commencer par l’accès à l’eau en saison sèche, pour les utilisations domestiques et pour le bétail.

Un micro-barrage d’une capacité de 80.000m3 et 5 boulis (grands réservoirs d’eau) de 150.000m3 au total sont disponibles (voir photomontage). Ces infrastructures diminuent la corvée, surtout des femmes, pour aller à la recherche quotidienne de l’eau.

Micro-barrage à Sam en 2019

Bouli de Temnaoré en 2019

Bouli de Darbiti en 2019

En plus de l’eau, les terres environnantes ont été préparées pour lancer des saisons de maraîchage entre décembre et mars en pleine période sèche. Six coopératives ont été mises en place et leurs membres formés. Un budget de fond de roulement leur permet aujourd’hui d’être autonome et de gérer leur affaire. Les légumes sont produits de manière écologique sans utiliser de pesticides et avec l’ajout de compost produit par une des coopératives qui prépare et vend exclusivement du compost.

Préparation des terres agricoles avec la kassine

Maraîchage écologique en 2019 (tomates et aubergines)

Maraîchage en cours en 2020

Production écologique de chou

La vente des produits se fait sur les marchés locaux et actuellement ensemble avec les partenaires locaux, les bénéficiaires recherchent d’améliorer les débouchés des produits écologiques sur des marchés en ville auprès de consommateurs friands de produits de bonne qualité. Cela permettrait à terme d’augmenter la rentabilité.

Bassin pour arroser les périmètres maraîchers à Sam – faisant partie d’un système d’irrigation lié au barrage

En somme, le projet a créé de l’emploi et des opportunités de revenus pour les ménages en période d’hivernage où traditionnellement ils n’avaient que très peu d’activités qui leur permettaient d’avoir des revenus. Le projet englobe une quinzaine de villages soit environ 10.000 habitants qui profitent de près ou de loin des infrastructures et des retombées financières des activités agricoles et maraîchères.

En parallèle, une série de formations a eu lieu qui visait de renforcer les capacités au niveau techniques agricoles des paysans. Il s’agit notamment d’introduire l’utilisation de l’âne au niveau des travaux agricoles. L’attelage des ânes permet la traction d’outils agricoles qui permettent de diminuer la pénibilité du travail à la main d’une part mais aussi d’augmenter le rendement des productions sans pour autant de détruire les couches souvent très peu épaisses de sol fertile.

Formation de producteurs sur l’utilisation de la kassine

Utilisation de la kassine par les producteurs

Néanmoins, même après plusieurs sessions de formation, l’engouement n’est pas encore atteint car seulement 10% des agriculteurs formés utilisent la kassine régulièrement après la fin du projet. Il est donc projeté de réaliser une étude plus approfondie sur les raisons de cette réticence qui de premier abord semble être liée au manque d’ânes et de leur faiblesse pour tirer des outils considérés assez lourds. Les partenaires du projet se sont mis d’accord qu’ils poursuivraient cet aspect du projet jusqu’à atteinte complète de l’objectif.

Coopérative mise en place par le projet

Ceci dit dans l’ensemble le projet est une grande réussite. Les témoignages des bénéficiaires et autorités locales tels que la mairie et les services étatiques sont forts positifs. Ces derniers ont pris le relais au niveau de l’encadrement des bénéficiaires et de l’entretien des ouvrages. Les coopératives sont autonomes et ont embauché l’animateur endogène qui a été formé à travers le projet en agroécologie et qui assure le suivi quotidien des activités de maraîchage dans les différentes localités.

En bref, le présent projet a réussi à obtenir les résultats suivants :

  • La disponibilité de l’eau pour les productions maraîchères, la reforestation et l’abreuvement du bétail est améliorée à travers la construction d’un micro-barrage avec une capacité de 80.000m3 et la réhabilitation des 5 réservoirs d’eau ayant ensemble une capacité totale de 150.000m3 ;
  • La gestion de l’accès à l’eau et des aliments pour le bétail est maîtrisée, en prenant en compte les besoins des différents utilisateurs ;
  • Cinq périmètres maraîchers ont été aménagés pour une surface totale de 10,6ha. Ils permettent la diversification de la production agricole et maraîchère. Depuis début 2019, les activités de production écologique de pomme de terre, haricot vert, tomate, chou, menthe et citronnelle ont démarré et permettent de générer des revenus et des vivres pour les populations locales ;
  • Les capacités techniques, matérielles et organisationnelles des producteurs ont été renforcées pour la production agro-sylvo-pastorale:
    • la mise en place et formation des comités de gestion des ouvrages;
    • la création d’un réseau endogène de paysans formateurs ;
    • la mise en place et formation de 6 coopératives de maraîchers ;
    • la formation de 500 producteurs sur l’utilisation de la kassine : 200 en attelage-âne-kassine pour le zaï en cultures céréalières et 300 pour les cultures maraîchères accompagnées de l’acquisition de 25 houes kassines et accessoires. Une partie des agriculteurs ont adopté ces techniques et continuent à les utiliser (septembre 2020) ;
    • la formation de 305 producteurs sur le maraîchage écologique (237 femmes et 68 hommes) ;
    • la formation de 459 producteurs sur le compostage et la production de fumure organique (104 femmes et 355 hommes) ;
    • la formation des producteurs sur la production des semences ;
    • la distribution de 973 kilos de semences écologiques pour commencer le maraîchage ;
    • la formation de 20 femmes à l’élevage d’ovins, cultures fourragères et conservation de fourrage et distribution de 60 ovins;
    • la formation d’un noyau de 10 producteurs sur la pisciculture ;
    • la plantation de haies vives sur les sites de maraîchage et formation des maraîchers en techniques d’entretien ;
    • la acquisition et distribution de matériel d’exploitation des périmètres maraîchers (4 motopompes, 174 arrosoirs et 720 kits de petit équipement avec pulvérisateur, râteaux, pelles, fourches, …) ;
    • la sensibilisation de la population sur le maraîchage écologique (animation théâtre, projection cinématographique) ;
    • la sensibilisation des producteurs sur la régénération naturelle assistée, les feux de brousse, la divagation des animaux, les coupes abusives du bois (plus de 800ha récupéré) ;
    • la sensibilisation au reboisement et plantation des 2.274 arbres.

L’ONG Le Soleil dans la Main continuera à suivre l’évolution post-projet et est en contact direct avec les bénéficiaires sur le terrain via son équipe locale, malgré la situation sécuritaire qui devient de plus en plus difficile car la zone d’intervention du projet se situe maintenant dans la zone rouge infiltrée régulièrement par les groupes terroristes.

Nous allons continuer nos efforts ensemble avec nos partenaires Lëtzebuerger Landjugend a Jongbaueren – Service Coopération a.s.b.l. (LLJ-SC) et SOS Sahel International Luxembourg afin de soutenir les bénéficiaires et de consolider davantage les fruits de ce projet. En effet, il est fort encourageant d’observer l’autonomisation des maraîchers qui au-delà de toute attente du projet cultivent les légumes maintenant tout au long de l’année et non seulement pendant la saison sèche. C’est donc une activité assez lucrative qui permet d’avoir des revenus additionnels à côté de l’agriculture classique.

Un grand Merci pour votre soutien financier à tous nos donateurs et bailleurs qui a permis de réaliser ce projet ambitieux.

4 petits clips peuvent être visualisés sur notre chaîne youtube. Ils illustrent l’évolution et les retombées du projet :

Clip 1 (contexte et démarrage) : https://www.youtube.com/watch?v=3arAGQ-flWA

Clip 2 (le projet) : https://www.youtube.com/watch?v=uLVhHRFGIOQ

Clip 3 (impact et témoignages) : https://www.youtube.com/watch?v=Xf3jhwgLaT8

Clip 4 (le consortium de partenaires) : https://www.youtube.com/watch?v=ReRqKfiyydI

Lors d’une réunion des membres d’une coopérative, principaux bénéficiaires du projet PASP